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R.P.S: 3 lettres qui bousculent les entreprises

Classé Actu - Médias

Pourquoi parler des RPS (Risques Psychosociaux) dans ce blog ?

Tout simplement parce qu’aujourd’hui la fatigue est totalement occultée des débats sur les risques psychosociaux or ces sujets sont intimement liés.

Chères entreprises, sachez que vous pouvez agir sur la fatigue de vos salariés!

Cet article reprend les étapes principales de l’arrivée des RPS dans les entreprises françaises… suivi de mes commentaires !

RPS - Risques PsychosociauxLe stress, le burn-out, la dépression, le harcèlement, le suicide… sont autant de situations qui illustrent la souffrance au travail. Ces expressions du mal-être contemporain appartiennent à la grande famille des « risques psychosociaux ». Les nombreuses pathologies inhérentes à ces risques engendrent un coût social estimé à 2 à 3 milliards d’Euros au minimum (étude INRS / Arts et métiers  Paris Tech 2007). C’est donc en toute logique que l’Etat a décidé de prendre des mesures et surtout de faire réagir les entreprises vis-à-vis de ce fléau.

Ainsi dès mars 2008, Xavier Bertrand, alors ministre du travail, reçoit le désormais fameux rapport Légeron-Nasse  qui propose une première évaluation de l’étendue des RPS ainsi que plusieurs pistes d’actions. (Rapport Legeron / Nasse)

En parallèle dans les entreprises, le phénomène s’accroit, et les suicides liés au travail font la une régulière des journaux (chiffres : 1 suicide / jour en moyenne). La crise du mal être au travail est bien là et n’arrange pas les affaires de l’état et de la France déjà en pleine crise économique. La prévention des risques psychosociaux devient donc une priorité gouvernementale.

Le 24 novembre 2008, le MEDEF, la CGPME et l’UPA signent un accord sur le stress au travail avec l’ensemble des organisations syndicales de salariés (CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC, CGT). Cet accord transpose en droit français un accord cadre européen sur le stress au travail. (accord & arrêté du 23 avril 2009)

En octobre 2009, Xavier Darcos, lance une échéance aux 1500 entreprises de plus de 1000 salariés. Elles doivent au 1 février 2010 avoir réalisé un diagnostic sur le stress de leurs salariés et avoir passé un contrat d’amélioration des conditions de travail avec les organismes sociaux. Cette échéance étant courte, il était accepté que seul un diagnostic soit réalisé. A la « clé », une publication des bons, moyens ou mauvais élèves qui sera finalement retirée quelques jours après sa publication suite à des plaintes déposées par les entreprises. Ce sont donc aux cabinets de conseil, aux intervenants RPS et autres consultants en risques psychosociaux de travailler de concert avec ces entreprises pour réaliser la plus juste analyse et évaluation des risques et dessiner une cartographie du stress.

17 février 2010, François Fillon reçoit, à sa demande, le rapport « Bien-être et efficacité au travail » établi par Henri Lachmann, Christian Larose et Muriel Pénicaud et contenant 10 propositions pour améliorer la santé psychologique au travail. J’invite tout le monde à lire ce rapport (en cliquant ici) car il est pour moi le plus concret de tous et il peut véritablement aider un chef d’entreprise qui veut agir !

C’est dans « Le Plan Santé au Travail » qui vient d’être lancé le 12 juillet dernier par le Ministre du Travail Eric Woerth (disponible ici) que l’on peut imaginer la suite : « veiller à l’ouverture et la conclusion de négociations sur le stress dans toutes les entreprises de plus de 1 000 salariés et inciter à l’engagement d’une démarche volontaire s’inspirant des mêmes principes dans les entreprises de plus faible taille et dans le secteur public »

Mon point de vue sur ce sujet est que dans l’urgence le gouvernement a lancé vis-à-vis des entreprises l’une des seules mesures qu’elle avait à sa disposition : faire réaliser des diagnostics. Seulement cette approche comporte de nombreuses failles, parmi lesquelles :

-   Les salariés ne répondent pas tous ou certains ne disent pas la vérité se méfiant de la réalité de l’anonymat du questionnaire ce qui fausse le diagnostic,

-   L’audit fait à un temps T sur des milliers de salariés n’est déjà plus juste quelques mois plus tard, ne serait-ce qu’en tenant compte du turn over,

-   Les solutions proposées à ce jour par les cabinets qui analysent ces diagnostics sont trop globales pour être réellement efficaces,

-   Les coûts inhérents aux solutions à mettre en œuvre sont difficilement estimables et pourraient être astronomiques en fonction du degré individuel ou collectif des mesures prises… ce qui freine les entreprises d’autant plus que rien ne garantit encore l’efficacité de ces mesures.

Mais attention, malgré ces failles, il est essentiel de souligner les aspects positifs du dispositif qui a été engagé, notamment la prise de conscience collective de maux jusqu’alors occultés, ainsi qu’une réflexion pluridisciplinaire sur des solutions qui, espérons-le, pourraient s’avérer dans le futur efficaces !

On peut aussi souhaiter que le gouvernement agisse, en parallèle, sur d’autres pistes soulevées dans différents rapports comme lancer des expériences pilotes dans la fonction publique, lancer une campagne d’information sur les RPS, renforcer le poids des CHSCT etc…

Il m’est cependant toujours très mystérieux de ne voir abordé quasiment nulle part la fatigue qui pourtant concerne l’ensemble des français et a des incidences directes sur le stress et la santé mentale. Je rappelle donc, au passage, que la sieste est un outil évident et puissant pour lutter contre le stress et les risques psychosociaux au travail. Elle est même l’une des rares mesures collectives simple (voir www.sixta.fr) à mettre en œuvre.

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